Pourquoi j’aime me battre – Une semaine de Muay Thaï, en Thaïlande

La boxe me donne l’opportunité de mettre des pains dans la gueule de sortir de ma zone de confort. Voici l’apologie de mon sport préféré.
Env. 7 mins de lecture.

Combat de Muay Thai, à Bangkok.

Je prends un direct droit – coup tendu – pleine face. Instantanément, mon mal de tête s’amplifie. Ma garde était flottante, la sanction fût immédiate. Ce n’est pas tant le choc qui me fait mal, mais plutôt la pression brutale sur ma nuque courbaturée, un poison pour ma migraine cervicale. 
Bordel !
Dire que j’aurais pu rester sous ma couette ce matin, plutôt que de venir m’entrainer avec cette foutue migraine. Pendant une semaine, j’ai décidé de suivre les deux entrainements par jour de boxe thaïlandaise du club Charn Chaï. Coûte que coûte. Je suis alors à Pai, un petit village idyllique et prisé par les hippies, au coeur d’une vallée verdoyante au nord-ouest de la Thaïlande.

VIllage de Pai, en Thäilande.

Un entrainement dure deux heures, et impose un rythme plutôt soutenu. Par ordre d’exécution : corde à sauter (ou footing), exercices techniques, sac de frappes, frappes au pads, renforcement musculaire… Et deux jours par semaine, combats. Il s’agit de la boxe Muay Thaï, une boxe pieds-poings-coudes-genoux, sport numéro un en Thaïlande. 

Je n’avais cependant pas vraiment réalisé que mon deuxième jour collerait également avec le jour des combats. Je n’avais pas boxé depuis des années jusqu’à hier. Ce matin, le coach m’a demandé si je voulais combattre.  C’est la Thaïlande, personne n’est jamais vraiment prêt de toutes façons.
Yeah sure, why not! dis-je avec un enthousiasme moyennement convaincant.

Quelques instants plus tard donc, je prends une bonne grosse patate. J’ai mal verrouillé ma garde : le poing de mon adversaire est passé à travers mes gants comme si ma défense était moulée avec un beurre demi-sel Le Breton. Je suis loin d’être KO (on retient quand même nos coups), mais suis un peu sonné. La question qu’un non-pratiquant peut légitimement se poser est alors : pourquoi s’infliger ça ?

Outre les bénéfices physiques indéniables de la pratique de la boxe (cardio, musculature, endurance, explosivité, souplesse), ce qui me fascine avec la boxe est plutôt de nature psychologique. Voici pourquoi j’aime ce sport plus qu’aucun autre.

Collègues, entraineurs et moi. Hormis le pauv’ type au short rouge au milieu, que des gens biens. Il y avait aussi des femmes, bien plus badass que moi. C’est un sport à connotation masculine, mais ce n’est pas un sport d’Homme.

La noblesse de la boxe

Combattre, c’est un acte intime. En croisant les gants avec quelqu’un, j’accepte de me montrer sous mon vrai jour, forces et faiblesses n’ayant nulle part où se cacher. Cette démarche à elle seule impose le respect de l’adversaire.
D’ailleurs, je ne cherche jamais à faire mal à l’autre, et c’est bien pour ça que la boxe n’est jamais violente à mes yeux. Je le pousse à être la meilleure version de lui-même en me poussant à être la meilleure version de moi-même. C’est un sport dénué de haine, où l’on ne peut pas tricher. Soit l’on est meilleur, soit l’on est moins bon. Un vainqueur, un vaincu. Pas d’humiliation, seulement de l’humilité.


Alors la chorégraphie du combat a été respectée. Aussi, je me sens rapidement chez moi dans une salle de boxe, car je sais que c’est un lieu dans lequel les gens s’entraident, indirectement, en dépit des apparences
Seule une attitude néfaste et la volonté de nuire symbolise pour moi la violence. Je ne l’ai jamais trouvé dans un sport de combat. Bien au contraire, je me suis fait beaucoup de potes au fil des années de pratique, et la caractéristique principale de ces relations est la sincérité.

Concentration et vivacité

En combat, notre attention se braque sur l’adversaire. Notre regard est à l’affut, à la recherche d’une faiblesse à exploiter, où d’un mouvement pour anticiper une action défensive de blocage ou d’esquive. Dans un combat, l’esprit bavard s’efface au profit d’une concentration absolue dans l’instant. On est dans l’état de Flow, décrit par un psychologue russe au nom imprononçable (vous pouvez essayer : Csikszentmihalyi). Toutes nos capacités sont réquisitionnées pour relever le défi qui se présente en face de nous. Ce faisant, la notion du temps s’efface, notre égo se fait oublier. Seul le moment présent et son défi subsistent. C’est une chance d’avoir une passion qui procure ces moments là.

C’est pour moi comme la méditation, un raccourci pour le réel, ici et maintenant. Ca m’arrivait aussi avec le skate ou le ski freestyle, quand je balançais des triples McTwists (entre deux double-backflips overcrooked). Ou sur une vague, dans les quelques secondes de surf d’une session de trois heures trente. Des moments de concentration extrême sont des moments où l’égo disparaît pour laisser place à l’instant. S’en suit généralement un état de bien-être profond, comme si ces quelques instants de réel nous avaient remis les idées en place.

Quand je côtoie l’ici maintenant avec une telle intensité, les problèmes de la vie quotidienne me paraissent généralement bien moins importants.

La maîtrise de soi, le coeur de la boxe

Comme pour tous les sports, il y a le défi sportif. Je me surpasse physiquement. En combat, il n’y a pas d’échappatoires : si je suis fatigué, et je le serai, je ne peux littéralement pas baisser les bras. Je dois rester combattif en dépit de mes sensations, de mes émotions. Ce défi de l’instant m’explose à la face, et la seule option possible est la maîtrise de soi. Mon corps me dit stop, mais la fuite n’est pas envisageable. Je reprends l’autorité sur mes sens. Je domine alors ce qui trop souvent me dicte ma conduite. Et je remporte ce premier combat contre moi-même, quelque soit l’issu du match en cours.

Jusque là, il ne s’agit que du dépassement de soi. Là ou la boxe rayonne à mes yeux, c’est qu’elle me sort de ma zone de confort, tout le temps.

D’une part, je vais devoir adapter mon style à l’adversaire. J’adapte mes attaques et ma défense à mon opposant, mon cerveau reptilien faisait parfois ce travail de survie pour moi, et avec l’expérience, en mode pilote automatique. Je suis alerte. Je deviens un caméléon de l’adversité, mon instinct de survie me forçant à m’adapter à n’importe quelle situation. Et lorsqu’au début je subissais un assaut en position quasi-foetale, bientôt, je regarde maintenant mon opposant m’assaillir droit dans les yeux, alerte, à la recherche d’une solution raisonnable malgré l’urgence, prenant parfois la forme d’une pluie de coups.

J’apprends à gérer ma peur, à faire avec. Cet apprentissage dépasse les portes du vestiaire, évidemment. Le sang-froid est une attitude que l’on développe. Personnellement, je me sens bien plus armé pour l’inattendu dans les phases de ma vie l’où je me challenge physiquement, que dans les phases plus tranquilles à base de Netflix/Pringles.

Bear Grylls said it best!

D’autre part, on prend souvent des coups. Comme dans la vie. Personne ne traverse l’existence sans prendre quelques égratignures. Et c’est lorsque « shit hit the fan », quand tout fou le camp, que l’on découvre la sincérité de son Moi. Dans ces moments de galère, symboliquement, on n’a pas d’autres choix que de se relever.

C’est pour ça que les films de boxe sont aussi populaires. Il n’y a pas de films de foot, de tennis, de badminton ou de trampoline acrobatique qui soit aussi populaire que Rocky, Raging Bull, Fighter, Warrior, etc. Le combat dans le ring est la métaphore parfaite de notre lutte pour la survie. Notre survie animale, mais aussi en tant qu’individu : le combat pour notre place en société est constant. On se lève tous les matins non pas seulement pour se nourrir, mais pour tenir son rang, pour dire au monde qu’on est là, wesh.

Tout le monde s’identifie instinctivement au boxeur en difficulté, car surmonter l’adversité fait partie de notre ADN. C’est la réalité de toute chose vivante sur terre, depuis des centaines de millions d’années*. C’est inspirant de voir ces guerriers s’en prendre plein la tronche et remonter sur le ring. Se battre, c’est dépoussiérer notre instinct de survie. C’est refuser la médiocrité. C’est faire le choix difficile. C’est quitter son boulot à la con. C’est mettre sa fierté de côté pour avancer. C’est supporter l’inconfort pour une cause plus grande. C’est dire non quand il le faut, c’est le réveil qui sonne pour le taff, c’est de ne pas mentir, c’est répondre à l’exigence de la vie.

Oh.

Bon, je me suis peut-être un peu enflammé là.

Mais vous m’avez compris.

Et c’est pour ça que tout le monde gagne en confiance en sortant d’une salle de boxe. Parce qu’on l’espace d’un moment, on supporte le poids de l’adversité, on fait avec la peur. Pour une heure ou deux, on devient putain de badass. Et ça, c’est vraiment encourageant.

Parce que …

OSS 117

Et pour finir, lorsque l’on a acquis les mécanismes de défense et d’attaque de base, la boxe, c’est juste super fun. C’est comme une partie d’échec cocaïnée, qui repose sur l’intelligence reptilienne, la capacité d’adaptation, la forme physique, la technique et le mental. Placer un contre parfaitement prémédité est juste jouissif. Je me sens toujours léger à la fin d’une séance.

En conclusion

Everybody has a plan until they get punched in the face

Mike Tyson

Je pense qu’on gagnerait tous à pratiquer un sport de combat. C’est un sport qui s’adresse à absolument tout le monde, car nous avons tous besoin de temps à autre de stimuler notre soif de vivre, notre combativité. La boxe épicera une routine fade, stabilisera un esprit instable. En prenant un punch in the face, on perd l’équilibre pour mieux se rétablir. Sortir de sa zone de confort ne vous amènera pas toujours que du bon dans l’immédiat, mais certainement des bénéfices à long terme. C’est en tous cas ce que 26 années de vie Laforesque m’ont apprises.

Et vous, qu’est-ce qui vous emmène dans cet état de Flow, où votre voix interne s’efface ? Comment sortez-vous de votre zone de confort ?

N’hésitez pas à m’écrire, je répondrais avec plaisir.

Louis

*1 Le célèbre psychologue canadien Jordan B. Peterson s'appuie sur des études sur le cerveau des homards, vieux de millions d'années et ancêtres communs à l'homme, pour souligner l'ancrage profond en nous de notre place en société et ainsi, de notre rapport à l'adversité.

Can’t Hurt Me – David Goggins

Après mes dix jours de méditation, j’avais hâte de reprendre la lecture. Habituellement, je lis pour le plaisir de m’évader et pour faire un break avec ma réalité. Mais après cette longue période seul avec moi-même, j’avais envie de découvrir d’autres réalités, d’autres expériences de vie.

Dans mon précédent article, j’ai mentionné comment mon rapport à la souffrance a évolué et me permets de mieux gérer certains aspects de ma vie. Deux semaines plus tard, je perçois les premiers bénéfices de ce revirement de mentalité. Cette nouvelle perspective me rappela un podcast de Joe Rogan (un chroniqueur populaire aux US) où ce dernier interviewa un ex-navy SEAL, l’unité d’élite la plus coriace et mortelle des Etats-Unis. La vie du soldat était souffrances et dépassement de soi, avant de devenir une légende vivante dans son pays. N’étant ni sadomasochiste ni particulièrement attiré par la popularité, je me dis son histoire n’était pas faite pour moi. Mais j’étais quand même curieux. C’est pourquoi après Vipassana et ma nouvelle relation étrange avec la douleur, je téléchargeai sur mon petit Kindle le livre du hardest motherfucker on the planet.

On ne choisit pas ses cartes…

L’autobiographie de David Goggins nous plonge d’entrée dans une enfance saturée de violence, d’insécurité et de déceptions. Un foyer brisé par un père ultra-violent, un environnement raciste, exacerbé par le fait d’être le seul noir de son école, le tout couvant une anxiété et une tension constante… Goggins nous raconte avec une précision glaçante les détails de sa jeunesse difficile, sans nous épargner le désastre psychologique conséquent de celle-ci. En posant ce décors chaotique, l’auteur ne cherche ni la pitié ni la compassion. Il veut juste nous faire comprendre d’où il vient, afin de légitimer son récit de guerrier de la vie. Lorsqu’il décide de se confronter à lui-même et d’arrêter d’accuser les autres d’être responsable de la médiocrité de sa vie, Goggins pose la première brique de sa philosophie : s’assumer et prendre ses responsabilités. Personne ne nous viendra en aide, sinon nous.

… Mais on choisit quoi en faire.

Le récit suit alors de manière plus ou moins chronologique l’évolution du moins que rien (ceux sont des propres mots) misérable qu’il était, prêt à tout pour gagner son propre respect. Goggins va perdre 56kgs en trois mois pour rejoindre les NAVY SEALs, afin d’y suivre un entraînement absolument diabolique. Il sera le seul mec de l’histoire à effectuer trois hell’s week en une année, semaine la plus dure de la formation la plus dure de l’armée réputée la plus dure au monde. Les mecs passent 130 heures sans dormir à s’en prendre plein la gueule, dans un effort physique constant. Il finira sa troisième formation à courir sur deux chevilles cassées (!), et ce pendant des mois, réalisant l’impossible, empaquetant chaque matin ses chevilles dans un tumulte de chaussettes et de scotch adhésif.

Pour vous donner une meilleure idée du personnage, le mec a couru 184 kms, sans entraînement préalable (il en est presque mort), pour une association caritative. Faut être un peu taré, oui. Deux semaines plus tard, il terminait le marathon de Las Vegas en 3h08. Alors qu’il ne marchait quasiment pas en arrivant sur place. C’est aussi le recordman du plus grand nombre de tractions au monde, finisher des plus durs ultras au monde, et l’écrivain de cette auto-biographie, ce qui n’en fait pas qu’un écervelé.

On peut se dire à juste titre que ce mec a un soucis d’égo et quelque chose à se prouver. Son histoire n’en reste pas moins captivante et inspirante.

Mais d’où ? Mais pourquoi faire !?

Dans son livre, Goggins nous prouve par son expérience que la majorité d’entre-nous ne puisons quasiment jamais dans notre réservoir, bradant notre potentiel et notre bonheur à long terme, pour un confort temporaire et fade. En se poussant constamment au-delà de ses propres limites, il endurcit son esprit pour être prêt à endurer les aléas de la vie, et se donner toutes les chances d’exploiter la totalité de son potentiel.

Bien sûr, ce livre ne prend jamais vraiment la forme d’une critique punitive à l’encontre des gens normaux comme vous et moi. Il dessine plutôt une voie, par l’exemple, en donnant différents outils :

  • Prendre ses responsabilités, assumer son passé, ses vices et ses faiblesses.
  • Se lancer, en particulier quand ce n’est pas le moment, car ce n’est jamais le bon moment (j’écris cet article dans un trajet Ngapali-Yangon de 12 heures, j’ai la tourista et mon voisin n’arrête pas de vomir à cause des virages).
  • Le Cookie Jar. S’auto-motiver en se rappelant de nos hauts-faits passés et du bad motherfucker que nous avons été lors de telle ou telle occasion.
  • Les 40%. Quand on pense être à bout, se dire qu’on est peut-être qu’à peine à 40% de ses capacités. Suffit de se dépasser pour en avoir la preuve.
  • Take a soul. Surmonter l’adversité en visant toujours plus haut que les attentes de l’autre, montrer aux autres de quel bois on est fait. Je trouve ce point un peu extrême, car c’est pour moi dans la recherche de l’approbation des autres que je me brûle les ailes. Donc, sous réserve que notre motivation soit plus profonde !

Globalement, c’est une philosophie de la résistance mentale. Développer un mental en béton armé pour vivre la vie comme un guerrier et non un spectateur.

Et enfin, la paix ?

En fin de compte, c’est à travers son parcours douloureux que David Goggins a trouvé son élan vital, une force de vie surpuissante qui lui permet de se lever tous les jours à quelques heures après minuit, pour accomplir des feats incroyables. Nous n’avons pas tous envie d’être surperman (Goggins est un véritable tyran avec lui-même), mais il est dans notre nature de vouloir apprendre et évoluer, et je pense que plus de réponses sommeillent dans cet apprentissage qu’il n’y semble.

Ma très courte et ridicule expérience de Vipassana résonne bien avec le discours de Goggins. C’est l’authenticité de l’inconfort et de la souffrance qui légitime le bonheur. Il faudrait donc savoir se pousser un peu plus fort, un peu plus loin.

Ce livre ne parlera peut-être pas à tout le monde, mais il allumera sans-doute une ampoule de motivation chez ceux prêt à se laisser inspirer par ce maniac de l’effort, tant que l’anglais et les fucks ne vous rebutent pas. Edit : il existe une version française, Vous ne m’atteindrez pas.

Bien qu’extrême et parfois même un peu barbare, j’ai trouvé son récit inspirant et rafraîchissant, à l’heure où l’on nous vend le bonheur à toutes les sauces.

C’est en cherchant la lucidité que l’on découvre ce qui nous rend heureux, et c’est dans cette quête de sens que l’on apprend à se connaître. C’est une longue épreuve, qui débute par affronter des démons et la réalité de la vie. Voilà ce que j’ai retenu, personnellement, du livre de Goggins. Ce n’est ni un appel à la brutalité, ni un appel à l’égocentrisme. C’est la voie réelle, dure, qui nous propose de nous surpasser pour mieux nous connaître, pour peut-être, vivre alors en paix.

Le livre connait un succès planétaire commercial et mais également critique unanime.

À très vite !

Louis

DAVID GOGGINS est un NAVY SEAL à la retraite et le seul membre des forces armées américaines à avoir suivi la formation des SEAL, l’École des Rangers de l’Armée de Terre et Contrôleur Aérien Tactique de l’US Air Force. Goggins a participé à plus de soixante ultra-marathons, triathlons et ultra-triathlons, établissant de nouveaux records de parcours et se classant régulièrement parmi les cinq premiers. Ancien détenteur du record mondial Guinness pour avoir réalisé 4030 pull-ups en dix-sept heures, c’est un conférencier très recherché qui a partagé son histoire avec le personnel des entreprises de Fortune 500, des équipes sportives professionnelles et des centaines de milliers d’étudiants partout dans le pays.

Cette fois où j’ai médité pendant 10 jours

Il est 7h04 et il ne reste plus grand monde dans la boite. Mon pote Noé et moi sommes les derniers résistants de la bande de potes réunis à Amsterdam. La musique électrisante m’a fait perdre la notion du temps. J’ai dansé toute la nuit. Dans 72h, j’entrerai dans un temple bouddhiste pour méditer entre 10 et 15 heures par jour, pendant dix jours. Tout ça en Birmanie, un pays qui flanque l’Inde sur sa frontière Est, dont j’ignore tout. J’essaie de me rappeler pourquoi je fais ça. Sortir de ma zone de confort ? Mieux me connaître ? Affronter mes démons ? Un peu tout ça à la fois, je crois.

Le trajet d’Amsterdam à Yangon, capitale de Birmanie, me parut long. Note à moi-même : deux heures de sommeil pour un voyage de 36 heures, c’est un ratio un peu léger. J’ai visité Taipei, en escale, déambulant comme un zombie dans les immenses rues désertes de la capitale Taïwanaise.

Arrivé à Yangon

Les odeurs d’épices et d’encens, la pollution et la chaleur, le bruit des klaxons, la végétation luxuriante, les sourires spontanés des passants aperçus, le bordel sans nom de la circulation : pas de doutes, me voilà en Asie du Sud-Est. J’ai à ce moment deux nuits pour m’acclimater et m’adapter au décalage horaire. Les deux soirs, je m’endors a 5h du matin, soit une heure après le réveil auquel je devrais me conformer au temple. La première nuit, je dors 14h. Un vrai Koala. Ce n’était pas la bonne stratégie. J’essaie de méditer 10 minutes à J-1 pour me mettre dans le rythme. Au bout de dix minutes, j’ai le dos en miettes et j’ai le cerveau en ébullition. Bon, va juste falloir tenir 84 fois ces dix minutes par jour, dix jours de suite. Autant dire que je pars ultra confiant.

Arrivé au temple en fin d’après-midi, je fais brièvement connaissance avec mes futurs collègues de méditations. On est une dizaine d’occidentaux sur une soixantaine de participants. Hommes et femmes sont séparés. C’est peut-être pas plus mal.

Les gars ont l’air sympas, je me demande ce qui les amène ici. Personnellement, je me sens investi de une réelle quête. Je veux apprendre à me connaître, aller au plus profond de mon âme, peut-être devenir un peu plus spirituel. La curiosité, aussi. Ce texan a l’air super bien dans sa peau : que vient-il chercher dans tant d’heures de silence ? Je me projette à la place des autres, cherchant à comprendre, à me comparer. Le même cirque, les mêmes numéros.

  • Jeudi 14 à 20h00, le noble silence débute. Voici le programme pour les 10 prochains jours :
    • 4h00 – Réveil
      4h30 – 6h30 – Méditation
      6h30 – 8h00 – Petit-déjeuner
      8h00 – 9h00 – Méditation
      9h00 – 11h00 – Méditation
      11h00 – 13h00 – Déjeuner et repos
    • 13h00 – 14h00 – Méditation
    • 14h00 – 15h30 – Méditation
    • 15h30 – 17h00 – Méditation
    • 17h00 – 18h00 – Thé
    • 18h00 – 19h00 – Méditation
    • 19h00 – 20h00 – Cours de S.N. Goenka
    • 20h00 – 21h00 – Méditation
    • 21h00 – Possibilité de poser des questions au prof. Puis dodo.

    Ce programme spartiate s’accompagne de quelques règles qui ont pour but d’accentuer la purification de l’esprit, l’objectif premier avancé par la méthode.

    • Silence noble. Interdit de parler, regarder, ou interagir de quelque manière que ce soit avec qui que ce soit.
    • Interdit de tuer (ça grouille de moustiques).
      Interdiction de mentir (a soi-même ?).
      Interdiction de voler.
      Interdiction d’avoir une activité sexuelle. Damn!
      Interdiction d’utiliser des intoxicants (médocs, café, alcool).

    Je partage une chambre austère avec le texan. Avant d’éteindre les feux, je veux régler le ventilateur sur une puissance moins élevée, mais impossible de demander l’avis à mon coloc. Je passe en force ou je laisse ? De toutes façons, je ne m’attends pas à dormir, je laisse.

    Jour 1

    Nuit blanche. Le premier jour, la méditation se porte sur l’observation de la respiration naturelle nasale : on porte toute son attention sur sa respiration et on se concentre là-dessus. Ma respiration naturelle est rapide et légère, à ma propre déception. Moi qui pensait respirer comme un ours. J’ai l’impression de respirer comme une marmotte surexcitée qui craint l’attaque d’un renard du bled.

    Tout le monde bouge sans arrêt pour éviter le mal de dos. En particulier moi, ai-je l’impression. La veille, j’ai réalisé en discutant que j’étais le seul gars qui venait sans aucune expérience de méditation. A une époque de ma vie, j’étais fier de ma nonchalance. Ce trait de caractère qui me caractérise souvent me coûte parfois très cher. Paradoxalement, mon attitude relax est souvent la cause de mon futur stress. Un prof de vente que j’appréciais disait que la préparation, c’est 90% du travail. C’est sans doute pour ça que j’ai arrêté le commerce.

    A la fin de la journée, je commence à sentir le souffle sur la surface supérieure de mes lèvres. Cool. Les efforts paient.

    Mes pensées ont fusées toute la journée, sans répits. Heureusement, je trouve mon mental de bonne compagnie, bien que un peu répétitif. Dès que je me surprends en train de penser, je me ramène à la respiration. Parfois, je vadrouille intellectuellement pendant 15 minutes avant de me rendre compte que je n’étais plus attentif.

    Jour 2

    Nuit blanche. J’ai du mal à me concentrer dû à la fatigue et en même temps, mon flux de pensées devient plus lointain. Je suis vraiment en train de m’observer. Le mal de dos me paraît plus tenable.

    Le cours du soir, une piste audio d’un discours de SN Goenka, s’attarde sur l’importance de mener une vie faite de moralité. Le vieux sage défunt nous explique pourquoi nos pensées sont une source de souffrances, d’où l’utilité de la technique.

    Demain, nous devrons nous concentrer sur les sensations sous les narines, conséquence de la respiration naturelle.

    Jour 3

    Nuit blanche. Je m’inquiète de mon absence de sommeil ; j’espère réussir à rester concentré.

    La position assise, en lotus, est douloureuse et me maintient éveillé. Bien qu’exténué, j’ai de très bonnes sensations sous les narines : sensations de brûlures, de chaud et de froid. Il m’arrive par moment d’avoir des instants de silence mental. On oublie les autres, on s’oublie soi-même : le monde se limite à ses sensations. On est à l’affût. Ça me fait penser à ces moments lorsque je boxe, où mon entière attention est dédiée à une seule et unique action : combattre. Ici, le combat est intestinal, contre soi-même, contre mon ego bavard et schizophrène. Mes pensées sont comme un étalon que je dois calmer, et doucement ramener au centre de l’arène, avec bienveillance, afin qu’il arrête de partir dans tous les sens.

    Demain, nous rétrécirons la zone de concentration à un triangle sous les narines.

    Ce soir-là, étant encore incapable de dormir (décalage horaire?), je décide de méditer allongé. Je tente d’écouter les sensations de mon corps. J’ai l’impression de dormir éveillé. Seule ma respiration existe, mon corps sommeille, et je l’observe avec détachement. Vers 2h00 du matin, j’entre dans une espèce de transe délicieuse. Mes pensées ont disparus. La gravité m’aspire dans un nuage de confort. Je regarde la moustiquaire qui cerne mon lit, elle ondule dans le courant d’air du ventilateur. Je suis émerveillé par l’instant. Toutes mes sensations sont des caresses. C’est ça, l’illumination ? Finalement, je m’endors.

    Jour 4

    Cette nuit, j’ai dormi 2 heures. Je me réveille avec une énergie nouvelle, le moral solide. J’ai envie de rire, je me marre tout seul en pensant aux genres de trucs que je m’inflige.

    La méditation du matin passe tout seul. A partir d’aujourd’hui, il est interdit de bouger pendant trois sessions d’une heure, réparties à interval régulier dans la journée. Ces séances sont appelés séances de renforcement du mental. J’entends la plus part des gens bouger. Hors de question que je bouge, me dis-je, j’ai un mental de fer et je vais me le prouver. Je termine l’heure du matin en sueur, mon teeshirt est trempé. La douleur est devenue une sensation de plus, bien que difficilement supportable, que je suis capable d’observer avec moins de mépris. Avec beaucoup de délicatesse, je me dis qu’autant ne pas m’en faire baver mentalement si j’en chie physiquement. Je côtoie régulièrement la souffrance physique, j’ai une maladie chronique à la con. Garder le moral face à l’adversité n’est pas un nouveau défi pour moi.

    L’après-midi, j’ai énormément de difficultés à me concentré, à telle point qu’une nouvelle douleur se développe entre mes deux yeux. J’envisage plusieurs pistes farfelues : douleur musculaire, ouverture du troisième œil, crampe de l’attention…

    Le soir, la douleur est présente non pas uniquement quand je médite mais tout le temps. Je décide d’en parler au prof. Le prof est un vieux sage dont l’illumination vous saute en plein visage. Il est sans doute birman : le teint de peau matte, habillé sobrement, une robe blanche délavée. Il porte des lunettes et comme tous les moines, est chauve. Lorsque je m’assois en face de ce mec, je me sens joyeux, léger. J’ai envie de boire une bière avec lui. Ou au moins un thé, me dis-je. Je ne peux m’empêcher de sourire. Il me regarde avec un sourire de grand-père, sincère, et un regard lumineux dans laquelle la profondeur ne semble recélait que de bienveillance et de tendresse. Je lui explique mon problème. Il hoche la tête et me répond : c’est bon signe, tu es sensible. Observe.

    Pas la réponse que j’espérais. Je ris. Il rit aussi. Je le remercie, et repars satisfait malgré tout. Je me couche, je ne fais que bouger toute la nuit : mon coloc’ doit me haïr.

    Jour 5

    Deux heures de sommeil. Nuit agitée, un moustique est rentrée sous ma toile, j’ai du le chasser sans le tuer. Je l’ai évacué comme un végétarien dégage une araignée de sous son lit, en le coinçant entre ses mains et en le mettant à la porte.

    Aujourd’hui commence la troisième phase de méditation. La méthode Vipassana. Nous élargissons notre attention à la totalité du corps, en commençant par la haut de la tête. Il faut être à l’affût des moindres sensations, grossières (douleurs, chaud, froid, contact) comme subtiles (brûlure, légèreté, pression, picotement, vibration, etc).

    Selon l’enseignement de Buddha, notre attention étant maintenant extrêmement affutée et portée sur la totalité du corps, nous devrions bientôt expérimenter des sensations de plus en plus subtiles, qui sont des manifestations de notre inconscient. Des sensations alors grossières devraient alors apparaître de temps à autre, et celles-ci seraient la conséquence de la libération de Sankaras, des émotions/souvenirs bloquées dans notre inconscient. Vous me suivez toujours ? Ces libérations seront accompagnées de souvenirs, plus ou moins significatifs.

    Je me suis rappelé de tellement de choses pendant ces dix jours : d’un jeu de gameboy auquel je jouais à 7 ans, à un billet de 20 euros que j’ai volé à ma mère pour acheter des cartes, une chute dans un escalier, un visage sans nom, une action… mais aussi des souvenirs bien plus intimes dont je ne parlerais pas ici. Chaque expérience fut positive, ou au moins constructive. On décape l’inconscient, on se déstructure et on analyse chaque pièce de soi-même avec equanimité.

    Ce dernier terme est au cœur de la méthode : chaque sensation doit être analysée avec un détachement total. Aucune aversion envers les mauvaises sensations, aucun désir pour les sensations plaisantes. C’est ainsi que l’on atteindrait le stade le plus éveillé de l’esprit, libéré de toutes souffrances. L’illumination. L’esprit pure par définition.

    Le corps serait alors un condensé de vibrations agréables. Certaines barrières en place dans l’inconscient s’effondrent, et l’on perçoit le monde dans sa forme la plus vibratoire. Paraît-il que le LSD peut mener aux mêmes extrêmes. J’aurais kiffé vibrer avec les arbres. Tout mon corps « vibre » déjà, mais la douleur de ma tête est trop forte pour atteindre un stade de bien-être. C’est ma réalité, je m’en contente.

    Retour aux pensées.

    Au début, j’avais le sentiment que mon coloc’ me méprisait. Je m’imaginais son schéma de pensées en me basant sur seulement quelques gestes aperçus. En méditant ce matin, je réalise qu’en faisant cela, je m’enferme dans un sentiment de méfiance constant de l’autre. Chercher des coupables occupait le temps et économisait l’introspection, lisais-je dans le dernier Sylvain Tesson. Je n’ai pas confiance en les gens. En creusant, je réalise que je projette mes propres insécurités sur les autres et interprète ainsi leurs moindres faits et gestes avec mon code de lecture, subjectif, imaginaire. Je n’ai en réalité aucune idée de ce que mon coloc’ pense de moi. Sa réalité n’est pas la mienne. La source de mon insécurité est donc le fruit de mon imagination. On accuse l’autre, et on se décharge de sa responsabilité envers soi-même. Si j’ai l’impression que mon coloc’ ne m’apprécie pas, c’est juste que je ne m’apprécie pas. A moi d’assumer, maintenant. Cette réalisation m’a énormément aidé.

    Une porte de sortie, je pense, est de se montrer fondamentalement bienveillant avec les autres, et donc soi-même. Comme si chaque personne était votre père, mère ou enfant.

    Les stoïciens comme Marcus Aurelius formulaient l’idée que nul événement extérieur ne devrait troubler votre paix intérieure. Ce sont vos réactions à ces événements qui risque de faire couler votre bateau. Agir est bénéfique, réagir est néfaste.

    Jour 6

    J’ai dormis trois heures cette nuit. New record !

    La journée passe et les réalisations s’enchaînent doucement. J’ai toujours super mal entre les yeux, ce qui m’empêche de me concentrer par moments. Mes sensations plus subtiles sont chaleurs et brûlures. J’ai toujours eu le corps chaud, mais là, je suis un putain de réacteur nucléaire. Je tiens bon. La leçon est douloureuse.

    Le soir, le cours de Goenka nous dit que la brûlure peut-être une colère non-exprimée. Je ne me suis jamais énervé. Il m’est arrivé de me faire rentré dedans par une voiture, ou bien de me battre, mais j’ai toujours été étrangement calme, ou amusé, même, dans ces situations périlleuses. Je dois avoir un sacré stock de colère à évacuer.

    Ce soir là, j’ai vraiment failli quitté le centre. Vers 23h00, j’ai cru que mon pouls était en train de s’emballer. Ma respiration était bien trop rythmée, et mon cœur battait la chamade. Avec seulement quelques heures de sommeil au compteur en six jours, je me dis que c’était prévisible. Mon bras gauche commence à me faire mal. Merde. J’ai vu ce film où Robert De Niro anticipe la crise cardiaque en remarquant que son bras gauche se crispe. Je vais clamser en silence, on me trouvera mort demain matin. Je me demande si le maître serait equanime devant mon cadavre. J’essaie de contrôler ma respiration. Je prends ma décision : plutôt crever qu’abandonner. J’ai trop de choses à me prouver. Je suis ici pour me connaître, et je n’ai pas envie de découvrir que je suis un lâcheur. J’essaie de me rassurer en me disant que personne a dû mourir dans ces centres. Au bout d’un moment, je réalise que mon cœur n’a pas peut-être vraiment accéléré. Enfaite, je m’aperçois que chaque battement de mon cœur est ressenti avec précision. Dong-dong, dong-dong… Ma sensibilité est telle que chaque pulsation est une petite explosion en moi. Bien que désagréable, prendre conscience de ça me permet au moins de me relaxer un peu. Je m’endors vers 2h.

    Jour 7

    J’ai le moral. J’ai survécu à cette nuit, plus rien ne peut m’atteindre. Je n’ai peut-être pas gagné la guerre, mais au moins une belle bataille.

    Aujourd’hui et jusqu’à la fin, on nous annonce que certaines heures de méditation se feront dans une petite cellule, en isolation. L’idée, c’est que chaque homme sera seul pour le dernier souffle, le dernier voyage. Manquait plus que ça. J’ai cru mourir hier soir et voilà qu’on me renvoi au front.

    En entrant dans la cellule, un million de pensées le traverse l’esprit. Je réalise que je n’ai pas tant peur de ma propre mort, mais je suis absolument terrorisé à l’idée de la mort de mes proches. Je n’ai pas accepté la mortalité de mes parents, mes frères, ma sœur. Voilà mes démons. Je suis un enfant face à la mortalité de ceux que j’aime. Je me berce dans l’illusion d’une vie sans fin.

    On ne fait que passer. Je crois que je prends quelques années en un instant.

    Je m’assois, seul. Alors, je souris. Un sourire du cœur, de paix. Quelle chance d’être en vie, d’avoir ces personnes qui m’entourent. Tout est éphémère. Alors profite du moment présent, et accepte l’inévitable sans en souffrir.

    Jour 8

    Première nuit de sommeil convenable. Je crois que j’ai dormi 5 heures.

    Journée difficile, comme toutes les autres. Ma douleur frontale atteint des nouveaux records.

    J’ai vu un écureuil grimper sur son arbre. Ça m’a fait ma journée.

    Jour 9

    Dernier jour de méditation ‘intense’. Ma douleur est à son sommet. Je reste tant bien que mal equanime, ignorant ce feu qui me brûle entre les yeux. En réalité, j’ai toujours le moral. C’est déjà une réussite, cette retraite méditative. J’en ai beaucoup appris sur moi-même, mes forces, mes faiblesses. Ma capacité à encaisser, surtout ! Je me sens présent à chaque instant.

    Dans la journée, je vois un moine trébucher. Je me marre pendant 5 minutes. J’en pleure de rire.

    5 minutes. Parce que j’ai vu un mec trébucher. L’observation attentive, c’est voir une plante verte comme un divertissement. Un mec qui se boite (un moine d’autant plus), c’est 4 saisons de Rick & Morty en un instant.

    Demain, le silence noble prendra fin.

    Jour 10

    Vers 10h00, on nous enseigne la méditation Metta, portée vers les autres. C’est une méditation où, pour faire court, on émet de bonnes vibrations et pensées pour les autres. Pendant un instant, l’air de la pièce paraît transformé. N’importe qui serait entré dans le hall de méditation de Dhamma Yoti ce 24 novembre à 10h55, aurait ressenti ce sentiment de paix dans l’air, sans savoir pourquoi.

    11h00 – Fin du silence

    On sort du hall. Hey man, dis-je à un israélien rencontré ici, le premier regard que je croise. On se marre.

    On se retrouve devant le hall avec les quelques occidentaux. On partage nos expériences, et … tout le monde se marre. On pleure tous de rires. J’ai l’impression d’être drogué. Je ne fais que sourire. La douleur est là, mais la souffrance n’existe plus. Dès qu’une personne parle, tout le monde se tait, écoute avec attention, le sourire aux lèvres. Les rires s’enchaînent, personne ne résiste à la joie des autres. Je m’en souviendrais toute ma vie.

    Nos expériences ont été tellement différentes. Un allemand planait dans une béatitude heureuse depuis le deuxième jour. Ses yeux pétillent littéralement, le mec rayonne comme une TV cathodique. Un autre allemand (ils sont partout) a failli devenir fou le septième jour : ayant atteint un état illuminé, il a paniqué à l’idée de perdre son égo. Un troisième est frustré de n’avoir pas éprouvé de sensations fortes. Les ressentis sont aussi variés que différents.

    Mon coloc texan. Je lui raconte qu’il parle dans son sommeil. Il explose de rire. Sans raison valable, on s’enlace. Je n’ai pratiquement jamais parlé à ce mec, mais il m’a tellement apporté. Il me raconte que depuis le début, il avait envie de me dire que j’avais l’air d’un mec bien. J’ai longtemps imaginé tout l’inverse. Je lui raconte mon cheminement intellectuel. Il m’écoute avec tant d’attention. Quel délice de parler à quelqu’un d’aussi présent. Je me jure de toujours faire des efforts à ce niveau là : ça n’a jamais été mon fort. L’écoute attentive, un cadeau gratuit à offrir à tous, à tout instant.

    J’apprendrais plus tard de lui-même qu’il traverse une sévère dépression. Il n’en a jamais parlé à personne, sinon sa femme. Je suis ému qu’il partage ça avec moi, l’inconnu de la chambre. On passera des heures ce jour et le lendemain à parler de la gestion de la souffrance, la mienne ayant été physique, la sienne psychologique. Une des rencontres les plus enrichissantes de ma vie.

    Jour 11 – et après

    Méditation ce matin, je contiens un fou rire quand j’entends un birman roter. Hier, le texan me disait qu’il bouillonnait de rage les premiers jours parce que le gars à côté de lui faisait que de roter et de péter. Silence noble, pas le droit de réagir. Il a craqué le deuxième jour en lui mettant un coup de coussin. Le prof n’était pas content. Il aurait pu se faire virer. Après quelques jours, on n’y fait plus attention.

    Je fais une donation pour le centre : c’est gratuit de venir faire une méditation Vipassana ! Ils fonctionnent seulement par donation.

    Retour au vrai monde

    Journée à Yangon avec des collègues, maintenant amis, du centre de méditation. Le monde me paraît bien agité. Je n’ai pas atteint les strates les plus profondes de mon inconscient (sinon ma douleur aurait disparu, selon Goenka), mais je sais maintenant qui je suis. Le monde peut bien faire ce qu’il veut, je me sens armé pour la vie.

    Le soir, je prends un bus pour aller faire un trek de trois jours dans les montagnes birmanes. Dans le bus, je mets mes écouteurs: je n’ai pas écouté de musique depuis onze jours. Queen, bohemian rhapsody. Je crois que j’ai du contenir un orgasme. J’avais l’impression d’être sur scène avec eux. Assis dans mon bus et entouré d’indiens, je vibre de plaisir. J’explose à chaque note.

    Le lendemain, je tape mon pied dans un coin de table. J’ai mal une ou deux secondes. Puis, plus rien. La douleur est là, mais pas la souffrance.

    Pendant ces trois jours de trek, les gens me paraîtront bien bavards. Je remarque comme chacun cherche son confort chez l’autre. Certains craignent le silence comme la peste. Ne voulant pas me couper du monde pour autant, je me force à m’intégrer autant que possible. Ça marche pas trop mal je crois. Je suis nettement plus attentif, c’est peut-être là le plus grand changement.

    Peut-être qu’un jour je remettrai ça dans de meilleures conditions. J’ai beaucoup appris sur moi-même, mais je suis encore loin d’être sage.

    Mon moi pessimiste dira trop de souffrances. Mon optimiste dira que d’enseignements. Mon réaliste dira que les deux ont raison.

    C’est une affaire de point de vue. Ça l’est toujours, en fin de compte.

    Bises la famille,

    Louis

    #0 Note d’intentions

    Si vous êtes là, c’est que vous avez un minimum de curiosité, peut-être même d’affection, à mon égard. Je vous en remercie. Bonne lecture !

    Louislaforet.com, vraiment ?

    Vous êtes en droit de vous demander si ce bon vieux Louis Laf’ n’aurait pas attrapé le boulard. Le mec créer un site internet portant son propre nom. Le con quoi ! JeanMichelQuiSaime.com.

    Il y a deux raisons qui sont toutes simples qui justifie la création de ce blog. Primo, parce que j’aime écrire. C’est un moyen d’expression dans lequel je m’épanouis. Puis la vie, cette sale race, me paraît moins complexe et plus abordable lorsque je pose les choses sur une feuille blanche, ou un écran, en l’occurence. J’ai longtemps eu cette habitude en tenant un journal intime, mais je pense que le blog s’y prêtera tout aussi bien. Du coup, étant donné que je vais vous parler de ma vision du monde, un blog homologue ne me paraît pas dépourvu de sens.

    Secondo, je suis convaincu de pouvoir apporter une contribution positive à ce petit monde en partageant les bons fruits de ma curiosité.

    Ce blog traitera donc principalement du développement personnel s’appuyant sur des courants philosophiques , psychologiques ou même spirituels qui ont une réelle utilité dans la vie de tous les jours. J’essaierais également, tant que possible, de m’appuyer sur des faits et des données scientifiques, puisque ça rassure tout le monde. J’y publierai des enseignements clés de livres qui m’ont plus, mais aussi des critiques de livres romancés, de films, séries, albums, ou même de mecs/meufs que j’apprécie ou qui me font chier, puis qu’après tout, c’est mon espace d’expression libre.

    Pourquoi je pense avoir des choses à dire

    Tout ceux qui errent ne sont pas perdus.

    J.J.R TOLKIEN

    Merci JJ pour cette punchline. Effectivement, je n’ai pas le CV d’un gars qui sait où il va. Bac scientifique, institut des administrations et des entreprises (ce nom qui à lui seul donne envie de se pendre), vidéaste/photographe autodidacte puis musher dans le cercle polaire… On peut dire que le concept de zone de confort ne me sied pas très bien. Dans ma génération, la génération dite Y, celle en quête de sens, celle qui se satisfait rarement d’une vie toute tracée, je pense faire parti de « ceux qui tentent, et on verra bien ».

    Ainsi, mes expériences diverses et mon cheminement sismographique (lire l’excellent Sur les chemins noirs de Sylvain Tesson) m’ont donné du fil de vie à retordre et de nombreuses réflexions, qui me mènent aujourd’hui à penser que j’ai des histoires intéressantes à vous raconter. Au pire, vous soutenez un pote en cliquant son Blabla, au mieux, je vous aide en vous proposant des nouvelles armes pour mener les petits combats de votre vie.

    LL.