Can’t Hurt Me – David Goggins

Après mes dix jours de méditation, j’avais hâte de reprendre la lecture. Habituellement, je lis pour le plaisir de m’évader et pour faire un break avec ma réalité. Mais après cette longue période seul avec moi-même, j’avais envie de découvrir d’autres réalités, d’autres expériences de vie.

Dans mon précédent article, j’ai mentionné comment mon rapport à la souffrance a évolué et me permets de mieux gérer certains aspects de ma vie. Deux semaines plus tard, je perçois les premiers bénéfices de ce revirement de mentalité. Cette nouvelle perspective me rappela un podcast de Joe Rogan (un chroniqueur populaire aux US) où ce dernier interviewa un ex-navy SEAL, l’unité d’élite la plus coriace et mortelle des Etats-Unis. La vie du soldat était souffrances et dépassement de soi, avant de devenir une légende vivante dans son pays. N’étant ni sadomasochiste ni particulièrement attiré par la popularité, je me dis son histoire n’était pas faite pour moi. Mais j’étais quand même curieux. C’est pourquoi après Vipassana et ma nouvelle relation étrange avec la douleur, je téléchargeai sur mon petit Kindle le livre du hardest motherfucker on the planet.

On ne choisit pas ses cartes…

L’autobiographie de David Goggins nous plonge d’entrée dans une enfance saturée de violence, d’insécurité et de déceptions. Un foyer brisé par un père ultra-violent, un environnement raciste, exacerbé par le fait d’être le seul noir de son école, le tout couvant une anxiété et une tension constante… Goggins nous raconte avec une précision glaçante les détails de sa jeunesse difficile, sans nous épargner le désastre psychologique conséquent de celle-ci. En posant ce décors chaotique, l’auteur ne cherche ni la pitié ni la compassion. Il veut juste nous faire comprendre d’où il vient, afin de légitimer son récit de guerrier de la vie. Lorsqu’il décide de se confronter à lui-même et d’arrêter d’accuser les autres d’être responsable de la médiocrité de sa vie, Goggins pose la première brique de sa philosophie : s’assumer et prendre ses responsabilités. Personne ne nous viendra en aide, sinon nous.

… Mais on choisit quoi en faire.

Le récit suit alors de manière plus ou moins chronologique l’évolution du moins que rien (ceux sont des propres mots) misérable qu’il était, prêt à tout pour gagner son propre respect. Goggins va perdre 56kgs en trois mois pour rejoindre les NAVY SEALs, afin d’y suivre un entraînement absolument diabolique. Il sera le seul mec de l’histoire à effectuer trois hell’s week en une année, semaine la plus dure de la formation la plus dure de l’armée réputée la plus dure au monde. Les mecs passent 130 heures sans dormir à s’en prendre plein la gueule, dans un effort physique constant. Il finira sa troisième formation à courir sur deux chevilles cassées (!), et ce pendant des mois, réalisant l’impossible, empaquetant chaque matin ses chevilles dans un tumulte de chaussettes et de scotch adhésif.

Pour vous donner une meilleure idée du personnage, le mec a couru 184 kms, sans entraînement préalable (il en est presque mort), pour une association caritative. Faut être un peu taré, oui. Deux semaines plus tard, il terminait le marathon de Las Vegas en 3h08. Alors qu’il ne marchait quasiment pas en arrivant sur place. C’est aussi le recordman du plus grand nombre de tractions au monde, finisher des plus durs ultras au monde, et l’écrivain de cette auto-biographie, ce qui n’en fait pas qu’un écervelé.

On peut se dire à juste titre que ce mec a un soucis d’égo et quelque chose à se prouver. Son histoire n’en reste pas moins captivante et inspirante.

Mais d’où ? Mais pourquoi faire !?

Dans son livre, Goggins nous prouve par son expérience que la majorité d’entre-nous ne puisons quasiment jamais dans notre réservoir, bradant notre potentiel et notre bonheur à long terme, pour un confort temporaire et fade. En se poussant constamment au-delà de ses propres limites, il endurcit son esprit pour être prêt à endurer les aléas de la vie, et se donner toutes les chances d’exploiter la totalité de son potentiel.

Bien sûr, ce livre ne prend jamais vraiment la forme d’une critique punitive à l’encontre des gens normaux comme vous et moi. Il dessine plutôt une voie, par l’exemple, en donnant différents outils :

  • Prendre ses responsabilités, assumer son passé, ses vices et ses faiblesses.
  • Se lancer, en particulier quand ce n’est pas le moment, car ce n’est jamais le bon moment (j’écris cet article dans un trajet Ngapali-Yangon de 12 heures, j’ai la tourista et mon voisin n’arrête pas de vomir à cause des virages).
  • Le Cookie Jar. S’auto-motiver en se rappelant de nos hauts-faits passés et du bad motherfucker que nous avons été lors de telle ou telle occasion.
  • Les 40%. Quand on pense être à bout, se dire qu’on est peut-être qu’à peine à 40% de ses capacités. Suffit de se dépasser pour en avoir la preuve.
  • Take a soul. Surmonter l’adversité en visant toujours plus haut que les attentes de l’autre, montrer aux autres de quel bois on est fait. Je trouve ce point un peu extrême, car c’est pour moi dans la recherche de l’approbation des autres que je me brûle les ailes. Donc, sous réserve que notre motivation soit plus profonde !

Globalement, c’est une philosophie de la résistance mentale. Développer un mental en béton armé pour vivre la vie comme un guerrier et non un spectateur.

Et enfin, la paix ?

En fin de compte, c’est à travers son parcours douloureux que David Goggins a trouvé son élan vital, une force de vie surpuissante qui lui permet de se lever tous les jours à quelques heures après minuit, pour accomplir des feats incroyables. Nous n’avons pas tous envie d’être surperman (Goggins est un véritable tyran avec lui-même), mais il est dans notre nature de vouloir apprendre et évoluer, et je pense que plus de réponses sommeillent dans cet apprentissage qu’il n’y semble.

Ma très courte et ridicule expérience de Vipassana résonne bien avec le discours de Goggins. C’est l’authenticité de l’inconfort et de la souffrance qui légitime le bonheur. Il faudrait donc savoir se pousser un peu plus fort, un peu plus loin.

Ce livre ne parlera peut-être pas à tout le monde, mais il allumera sans-doute une ampoule de motivation chez ceux prêt à se laisser inspirer par ce maniac de l’effort, tant que l’anglais et les fucks ne vous rebutent pas. Edit : il existe une version française, Vous ne m’atteindrez pas.

Bien qu’extrême et parfois même un peu barbare, j’ai trouvé son récit inspirant et rafraîchissant, à l’heure où l’on nous vend le bonheur à toutes les sauces.

C’est en cherchant la lucidité que l’on découvre ce qui nous rend heureux, et c’est dans cette quête de sens que l’on apprend à se connaître. C’est une longue épreuve, qui débute par affronter des démons et la réalité de la vie. Voilà ce que j’ai retenu, personnellement, du livre de Goggins. Ce n’est ni un appel à la brutalité, ni un appel à l’égocentrisme. C’est la voie réelle, dure, qui nous propose de nous surpasser pour mieux nous connaître, pour peut-être, vivre alors en paix.

Le livre connait un succès planétaire commercial et mais également critique unanime.

À très vite !

Louis

DAVID GOGGINS est un NAVY SEAL à la retraite et le seul membre des forces armées américaines à avoir suivi la formation des SEAL, l’École des Rangers de l’Armée de Terre et Contrôleur Aérien Tactique de l’US Air Force. Goggins a participé à plus de soixante ultra-marathons, triathlons et ultra-triathlons, établissant de nouveaux records de parcours et se classant régulièrement parmi les cinq premiers. Ancien détenteur du record mondial Guinness pour avoir réalisé 4030 pull-ups en dix-sept heures, c’est un conférencier très recherché qui a partagé son histoire avec le personnel des entreprises de Fortune 500, des équipes sportives professionnelles et des centaines de milliers d’étudiants partout dans le pays.

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