Pourquoi j’aime me battre – Une semaine de Muay Thaï, en Thaïlande

La boxe me donne l’opportunité de mettre des pains dans la gueule de sortir de ma zone de confort. Voici l’apologie de mon sport préféré.
Env. 7 mins de lecture.

Combat de Muay Thai, à Bangkok.

Je prends un direct droit – coup tendu – pleine face. Instantanément, mon mal de tête s’amplifie. Ma garde était flottante, la sanction fût immédiate. Ce n’est pas tant le choc qui me fait mal, mais plutôt la pression brutale sur ma nuque courbaturée, un poison pour ma migraine cervicale. 
Bordel !
Dire que j’aurais pu rester sous ma couette ce matin, plutôt que de venir m’entrainer avec cette foutue migraine. Pendant une semaine, j’ai décidé de suivre les deux entrainements par jour de boxe thaïlandaise du club Charn Chaï. Coûte que coûte. Je suis alors à Pai, un petit village idyllique et prisé par les hippies, au coeur d’une vallée verdoyante au nord-ouest de la Thaïlande.

VIllage de Pai, en Thäilande.

Un entrainement dure deux heures, et impose un rythme plutôt soutenu. Par ordre d’exécution : corde à sauter (ou footing), exercices techniques, sac de frappes, frappes au pads, renforcement musculaire… Et deux jours par semaine, combats. Il s’agit de la boxe Muay Thaï, une boxe pieds-poings-coudes-genoux, sport numéro un en Thaïlande. 

Je n’avais cependant pas vraiment réalisé que mon deuxième jour collerait également avec le jour des combats. Je n’avais pas boxé depuis des années jusqu’à hier. Ce matin, le coach m’a demandé si je voulais combattre.  C’est la Thaïlande, personne n’est jamais vraiment prêt de toutes façons.
Yeah sure, why not! dis-je avec un enthousiasme moyennement convaincant.

Quelques instants plus tard donc, je prends une bonne grosse patate. J’ai mal verrouillé ma garde : le poing de mon adversaire est passé à travers mes gants comme si ma défense était moulée avec un beurre demi-sel Le Breton. Je suis loin d’être KO (on retient quand même nos coups), mais suis un peu sonné. La question qu’un non-pratiquant peut légitimement se poser est alors : pourquoi s’infliger ça ?

Outre les bénéfices physiques indéniables de la pratique de la boxe (cardio, musculature, endurance, explosivité, souplesse), ce qui me fascine avec la boxe est plutôt de nature psychologique. Voici pourquoi j’aime ce sport plus qu’aucun autre.

Collègues, entraineurs et moi. Hormis le pauv’ type au short rouge au milieu, que des gens biens. Il y avait aussi des femmes, bien plus badass que moi. C’est un sport à connotation masculine, mais ce n’est pas un sport d’Homme.

La noblesse de la boxe

Combattre, c’est un acte intime. En croisant les gants avec quelqu’un, j’accepte de me montrer sous mon vrai jour, forces et faiblesses n’ayant nulle part où se cacher. Cette démarche à elle seule impose le respect de l’adversaire.
D’ailleurs, je ne cherche jamais à faire mal à l’autre, et c’est bien pour ça que la boxe n’est jamais violente à mes yeux. Je le pousse à être la meilleure version de lui-même en me poussant à être la meilleure version de moi-même. C’est un sport dénué de haine, où l’on ne peut pas tricher. Soit l’on est meilleur, soit l’on est moins bon. Un vainqueur, un vaincu. Pas d’humiliation, seulement de l’humilité.


Alors la chorégraphie du combat a été respectée. Aussi, je me sens rapidement chez moi dans une salle de boxe, car je sais que c’est un lieu dans lequel les gens s’entraident, indirectement, en dépit des apparences
Seule une attitude néfaste et la volonté de nuire symbolise pour moi la violence. Je ne l’ai jamais trouvé dans un sport de combat. Bien au contraire, je me suis fait beaucoup de potes au fil des années de pratique, et la caractéristique principale de ces relations est la sincérité.

Concentration et vivacité

En combat, notre attention se braque sur l’adversaire. Notre regard est à l’affut, à la recherche d’une faiblesse à exploiter, où d’un mouvement pour anticiper une action défensive de blocage ou d’esquive. Dans un combat, l’esprit bavard s’efface au profit d’une concentration absolue dans l’instant. On est dans l’état de Flow, décrit par un psychologue russe au nom imprononçable (vous pouvez essayer : Csikszentmihalyi). Toutes nos capacités sont réquisitionnées pour relever le défi qui se présente en face de nous. Ce faisant, la notion du temps s’efface, notre égo se fait oublier. Seul le moment présent et son défi subsistent. C’est une chance d’avoir une passion qui procure ces moments là.

C’est pour moi comme la méditation, un raccourci pour le réel, ici et maintenant. Ca m’arrivait aussi avec le skate ou le ski freestyle, quand je balançais des triples McTwists (entre deux double-backflips overcrooked). Ou sur une vague, dans les quelques secondes de surf d’une session de trois heures trente. Des moments de concentration extrême sont des moments où l’égo disparaît pour laisser place à l’instant. S’en suit généralement un état de bien-être profond, comme si ces quelques instants de réel nous avaient remis les idées en place.

Quand je côtoie l’ici maintenant avec une telle intensité, les problèmes de la vie quotidienne me paraissent généralement bien moins importants.

La maîtrise de soi, le coeur de la boxe

Comme pour tous les sports, il y a le défi sportif. Je me surpasse physiquement. En combat, il n’y a pas d’échappatoires : si je suis fatigué, et je le serai, je ne peux littéralement pas baisser les bras. Je dois rester combattif en dépit de mes sensations, de mes émotions. Ce défi de l’instant m’explose à la face, et la seule option possible est la maîtrise de soi. Mon corps me dit stop, mais la fuite n’est pas envisageable. Je reprends l’autorité sur mes sens. Je domine alors ce qui trop souvent me dicte ma conduite. Et je remporte ce premier combat contre moi-même, quelque soit l’issu du match en cours.

Jusque là, il ne s’agit que du dépassement de soi. Là ou la boxe rayonne à mes yeux, c’est qu’elle me sort de ma zone de confort, tout le temps.

D’une part, je vais devoir adapter mon style à l’adversaire. J’adapte mes attaques et ma défense à mon opposant, mon cerveau reptilien faisait parfois ce travail de survie pour moi, et avec l’expérience, en mode pilote automatique. Je suis alerte. Je deviens un caméléon de l’adversité, mon instinct de survie me forçant à m’adapter à n’importe quelle situation. Et lorsqu’au début je subissais un assaut en position quasi-foetale, bientôt, je regarde maintenant mon opposant m’assaillir droit dans les yeux, alerte, à la recherche d’une solution raisonnable malgré l’urgence, prenant parfois la forme d’une pluie de coups.

J’apprends à gérer ma peur, à faire avec. Cet apprentissage dépasse les portes du vestiaire, évidemment. Le sang-froid est une attitude que l’on développe. Personnellement, je me sens bien plus armé pour l’inattendu dans les phases de ma vie l’où je me challenge physiquement, que dans les phases plus tranquilles à base de Netflix/Pringles.

Bear Grylls said it best!

D’autre part, on prend souvent des coups. Comme dans la vie. Personne ne traverse l’existence sans prendre quelques égratignures. Et c’est lorsque « shit hit the fan », quand tout fou le camp, que l’on découvre la sincérité de son Moi. Dans ces moments de galère, symboliquement, on n’a pas d’autres choix que de se relever.

C’est pour ça que les films de boxe sont aussi populaires. Il n’y a pas de films de foot, de tennis, de badminton ou de trampoline acrobatique qui soit aussi populaire que Rocky, Raging Bull, Fighter, Warrior, etc. Le combat dans le ring est la métaphore parfaite de notre lutte pour la survie. Notre survie animale, mais aussi en tant qu’individu : le combat pour notre place en société est constant. On se lève tous les matins non pas seulement pour se nourrir, mais pour tenir son rang, pour dire au monde qu’on est là, wesh.

Tout le monde s’identifie instinctivement au boxeur en difficulté, car surmonter l’adversité fait partie de notre ADN. C’est la réalité de toute chose vivante sur terre, depuis des centaines de millions d’années*. C’est inspirant de voir ces guerriers s’en prendre plein la tronche et remonter sur le ring. Se battre, c’est dépoussiérer notre instinct de survie. C’est refuser la médiocrité. C’est faire le choix difficile. C’est quitter son boulot à la con. C’est mettre sa fierté de côté pour avancer. C’est supporter l’inconfort pour une cause plus grande. C’est dire non quand il le faut, c’est le réveil qui sonne pour le taff, c’est de ne pas mentir, c’est répondre à l’exigence de la vie.

Oh.

Bon, je me suis peut-être un peu enflammé là.

Mais vous m’avez compris.

Et c’est pour ça que tout le monde gagne en confiance en sortant d’une salle de boxe. Parce qu’on l’espace d’un moment, on supporte le poids de l’adversité, on fait avec la peur. Pour une heure ou deux, on devient putain de badass. Et ça, c’est vraiment encourageant.

Parce que …

OSS 117

Et pour finir, lorsque l’on a acquis les mécanismes de défense et d’attaque de base, la boxe, c’est juste super fun. C’est comme une partie d’échec cocaïnée, qui repose sur l’intelligence reptilienne, la capacité d’adaptation, la forme physique, la technique et le mental. Placer un contre parfaitement prémédité est juste jouissif. Je me sens toujours léger à la fin d’une séance.

En conclusion

Everybody has a plan until they get punched in the face

Mike Tyson

Je pense qu’on gagnerait tous à pratiquer un sport de combat. C’est un sport qui s’adresse à absolument tout le monde, car nous avons tous besoin de temps à autre de stimuler notre soif de vivre, notre combativité. La boxe épicera une routine fade, stabilisera un esprit instable. En prenant un punch in the face, on perd l’équilibre pour mieux se rétablir. Sortir de sa zone de confort ne vous amènera pas toujours que du bon dans l’immédiat, mais certainement des bénéfices à long terme. C’est en tous cas ce que 26 années de vie Laforesque m’ont apprises.

Et vous, qu’est-ce qui vous emmène dans cet état de Flow, où votre voix interne s’efface ? Comment sortez-vous de votre zone de confort ?

N’hésitez pas à m’écrire, je répondrais avec plaisir.

Louis

*1 Le célèbre psychologue canadien Jordan B. Peterson s'appuie sur des études sur le cerveau des homards, vieux de millions d'années et ancêtres communs à l'homme, pour souligner l'ancrage profond en nous de notre place en société et ainsi, de notre rapport à l'adversité.
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